Pourquoi l'anglais juridique n'est pas l'anglais que nous avons appris à l'école.

Comprendre l'anglais et comprendre un document juridique en anglais ne sont pas la même chose. Une personne peut communiquer couramment en anglais, lire des articles, participer à des réunions ou rédiger des courriels professionnels, et pourtant rencontrer de sérieuses difficultés pour interpréter un contrat, un avis juridique, un jugement ou un document d'entreprise rédigé selon les normes juridiques anglo-saxonnes.

La différence ne réside pas uniquement dans le vocabulaire. Elle réside également dans la logique du texte, dans la structure des phrases, dans la manière dont les obligations sont classées et dans la façon dont on s'efforce de réduire l'ambiguïté. Dans le langage courant, nous privilégions généralement la clarté, la concision et le style direct. Dans le langage juridique, en revanche, la priorité est souvent autre : que le texte produise des effets juridiques précis et laisse le moins de place possible à des interprétations divergentes.

C'est pourquoi il est fréquent que les contrats rédigés en anglais reprennent certaines idées, multiplient les conditions, comportent de longues listes et utilisent des structures qui peuvent sembler inutilement complexes. Il ne s'agit pas toujours d'une erreur de style. Dans de nombreux cas, cela relève d'une stratégie rédactionnelle. Chaque répétition, chaque nuance et chaque formule a une fonction : délimiter les responsabilités, anticiper les scénarios, exclure toute interprétation erronée et préserver l'intention juridique du document.

On appelle souvent ce style «jargon juridique », un terme utilisé pour décrire un langage juridique excessivement technique, obscur, archaïque ou difficile à comprendre. Le« legalese »se caractérise par l'utilisation d'expressions longues ou alambiquées, telles que« prior to the occurrence of »au lieu de «before », ou« concerning the matter at hand» au lieu de «about ». Il conserve également des formules traditionnelles telles que« heretofore », «hereinafter »,« whereas »ou« in witness whereof », qui ne font pas partie de l'anglais courant, mais qui apparaissent fréquemment dans les documents juridiques.

Cependant, le problème ne réside pas uniquement dans la traduction de mots anciens ou de phrases complexes. La véritable difficulté consiste à comprendre leur fonction au sein du document. Dans une traduction juridique, il ne suffit pas de trouver une équivalence littérale. Il faut déterminer si une expression introduit une condition, limite une obligation, définit un terme, établit une exception ou confirme l'acceptation des parties. Une traduction correcte doit non seulement sonner bien en espagnol, mais aussi préserver l'effet juridique du texte original.

Une différence importante entre l'espagnol juridique et l'anglais juridique réside dans la manière de structurer les idées. L'espagnol juridique s'appuie généralement sur des phrases longues, mais relativement linéaires. Il est courant de développer une idée, de la nuancer, puis de passer à la suivante. En revanche, l'anglais juridique fonctionne souvent par accumulation. Une seule phrase peut regrouper des définitions, des conditions, des exceptions, des renvois et des conséquences juridiques, le tout au sein d'une même structure.

Alors qu'en espagnol, il est courant de séparer les idées en puces, en numéros ou en paragraphes distincts, en anglais juridique, on peut préférer regrouper divers éléments dans une seule phrase afin d'éviter qu'une partie ne soit lue de manière isolée. Cette différence n'est pas purement stylistique. Elle est fonctionnelle. Le texte est construit comme une unité cohérente, dans laquelle chaque élément dépend du précédent et modifie la portée de ce qui suit.

Il existe également une différence notable dans la manière dont ces deux langues gèrent l'ambiguïté. En espagnol, de nombreuses expressions juridiques laissent une certaine marge d'interprétation qui peut être comblée par le contexte, l'intention des parties ou les principes applicables. En anglais juridique, notamment dans les contrats et les documents transactionnels, cette marge est généralement réduite par des énumérations détaillées, des formules redondantes et des listes exhaustives visant à couvrir le plus grand nombre possible de cas de figure.

C'est pourquoi une clause rédigée en anglais peut sembler redondante à un lecteur habitué à l'espagnol. Elle peut contenir plusieurs expressions qui semblent avoir la même signification, telles que «null and void », «terms and conditions» ou «representations and warranties ». Toutefois, dans certains contextes, ces formules répondent à des usages juridiques spécifiques, à des précédents rédactionnels ou à des interprétations historiques qu'il ne faut pas ignorer lors de la traduction.

Lejargon juridiqueest également chargé d'une forte dimension historique. De nombreuses expressions proviennent de la tradition dela common law etsont restées en vigueur parce qu’elles ont été utilisées et interprétées pendant des décennies par des avocats, des juges et des tribunaux. Les remplacer par des termes modernes n’est pas toujours envisageable, car cela peut entraîner la perte d’une signification juridique accumulée au fil du temps. En ce sens, l’anglais juridique n’est pas simplement une version plus difficile de l’anglais courant. C’est un système de communication spécialisé, lié à une tradition juridique qui lui est propre.

Ces dernières années, d'importants efforts ont été déployés pour réduire la distance entre les textes juridiques et leurs lecteurs. Le mouvement du« Plain English »(langage clair) vise à rendre les documents plus compréhensibles, plus directs et plus accessibles, sans pour autant sacrifier la précision. Cette tendance a influencé la rédaction des textes gouvernementaux, d'entreprise et juridiques, en particulier dans les juridictions anglo-saxonnes. Cependant, le langage clair ne signifie pas simplifier de manière irresponsable ni éliminer des nuances juridiques essentielles. Son objectif est de mieux communiquer, et non d'affaiblir le contenu juridique.

Malgré ces progrès, lejargon juridiquereste présent dans de nombreux documents, notamment dans les contrats internationaux, les documents financiers, les actes de société, les avis juridiques et les textes liés à des opérations complexes. Cela s'explique par le fait que les parties préfèrent généralement recourir à des formules connues, éprouvées et acceptées dans la pratique, même si celles-ci ne sont pas toujours les plus accessibles pour un lecteur non spécialisé.

C'est pourquoi la traduction d'un document juridique en anglais exige bien plus qu'une simple maîtrise de la langue. Elle requiert des connaissances juridiques, un sens critique, une expertise terminologique et une bonne compréhension du contexte dans lequel le document sera utilisé. Un contrat ne se traduit pas de la même manière selon qu'il doit être présenté à une autorité mexicaine, utilisé dans le cadre d'une opération internationale, versé à un dossier judiciaire ou signé par des parties soumises à des systèmes juridiques différents.

La traduction juridique spécialisée doit prêter attention à chaque mot, mais aussi à chaque effet. Elle doit déterminer quand il convient de conserver une formulation traditionnelle, quand il est nécessaire de l'expliquer, quand elle doit s'adapter à l'espagnol juridique et quand une traduction littérale peut altérer le sens du document. Dans ce type de travaux, la précision n'est pas un luxe. C'est une condition indispensable.

C'est pourquoi il ne suffit pas de parler anglais pour traduire des documents juridiques. L'anglais juridique obéit à des règles, des usages, des traditions et comporte des risques qui lui sont propres. Les comprendre permet d'obtenir une traduction non seulement correcte sur le plan linguistique, mais aussi fiable sur le plan juridique.

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