Le 27 mars 2026, le décret modifiant, complétant et abrogeant diverses dispositions du règlement d'application de la loi fédérale sur la prévention et l'identification des opérations impliquant des fonds d'origine illicite («règlement ») a été publié au Journal officiel de la Fédération .
La réforme est entrée en vigueur le lendemain et répond, pour l'essentiel, à la nécessité d'harmoniser le règlement de 2013 avec la réforme de la LFPIORPI publiée en 2025, en intégrant des règles opérationnelles plus détaillées et en renforçant le cadre de surveillance applicable aux personnes exerçant des activités vulnérables.
Bien que le décret modifie un nombre considérable d'articles, son impact concret peut se résumer à quelques points clés :
- Renforcement des pouvoirs.
- Nouvelles règles concernant les notifications et le cumul des opérations.
- Une charge administrative et d'audit accrue.
- Réglementation spécifique relative aux personnes politiquement exposées.
- Adaptations opérationnelles pour les entités assujetties et certains secteurs.
1. Renforcement des capacités de contrôle du SAT
L'un des changements les plus importants de la réforme est le renforcement explicite des pouvoirs du SAT dans le cadre du régime applicable aux activités vulnérables. Le règlement ne le désigne plus seulement comme l'autorité chargée de recevoir les déclarations ou de tenir le registre, mais précise plus en détail ses attributions pour vérifier les obligations, exiger des informations, instruire et statuer sur les procédures de sanction, procéder à des notifications électroniques et exiger des rapports d'audit et des preuves de régularisation.
Ce point est important car, même si le règlement de 2013 reconnaissait déjà plusieurs de ces compétences, la réforme de 2026 en élargit la portée opérationnelle et les rend plus explicites, notamment en matière de surveillance des audits, de suivi des observations et de mécanismes de notification.
- Délais de réponse : En cas de demande d'informations, les entités assujetties doivent y répondre dans un délai de dix jours ouvrables, avec une prolongation pouvant aller jusqu'à cinq jours ouvrables si celle-ci est demandée avant l'expiration du délai initial.
- Lettre d'observations : À l'issue de l'examen, le SAT émettra une lettre d'observations détaillée et accordera un délai de cinq jours ouvrables pour présenter des éléments de preuve permettant de réfuter les conclusions.
En outre, l'ajout de l'article 10 bis renforce la position de l'administration en matière de preuve, en permettant au SAT de motiver ses décisions sur la base des dossiers, des documents, des bases de données et de toute autre information à laquelle il a accès, y compris celles contenues dans les justificatifs fiscaux numériques en ligne (CFDI), dont la véracité peut être présumée.
2. Modifier la logique de fonctionnement des notifications
La réforme précise également plus clairement comment les actes ou opérations doivent être identifiés et déclarés. En particulier, l'article 6 précise que, pour déterminer le montant ou la valeur d'une opération, il ne faut pas tenir compte des contributions ni des frais accessoires ; toutefois, lors de la présentation de la déclaration, il convient de déclarer les montants totaux effectivement payés, y compris ces éléments, sans qu'il soit nécessaire de les détailler.
À cela s'ajoute une modification importante de l'article 7. Si le règlement précédent prévoyait déjà le cumul des opérations sur une période de six mois, la réforme précise que la déclaration doit être présentée dès que la dernière opération entraîne l'atteinte ou le dépassement du seuil correspondant, même si cette période n'est pas encore écoulée. Elle précise également que si une activité ne comporte pas de montants minimaux d'identification, tous les actes ou opérations seront considérés comme des activités vulnérables et seront soumis au cumul.
L'importance pratique de ce changement est évidente : il oblige les entités concernées à revoir leurs mécanismes internes de surveillance afin de garantir que l'avis soit déclenché au moment opportun et non pas seulement à la fin de la période de cumul.
3. L'avis de 24 heures est expressément intégré
Parmi les nouveautés les plus notables du décret, on peut citer l'ajout de l'article 7 bis, qui régit la notification de 24 heures. Conformément à cette disposition, la notification doit être présentée même si l'acte ou l'opération n'a pas lieu, à condition que l'on dispose d'informations permettant d'identifier la personne qui a tenté de le réaliser.
Ce changement confirme que l'obligation de déclaration ne se limite plus aux opérations conclues, mais qu'elle peut également s'appliquer aux tentatives d'opération dans les cas prévus par la loi. Toutefois, le décret précise lui-même dans ses dispositions transitoires que la mise en œuvre pratique de cette obligation dépendra de la mise à jour des formulaires officiels correspondants.
4. La charge administrative augmente et la procédure d'audit est formalisée
Un autre changement majeur concerne l'allongement de la durée de conservation des documents. L'article 20 impose désormais de conserver, sous forme physique ou électronique, une copie des avis et des rapports, ainsi que les pièces justificatives et les accusés de réception électroniques correspondants, pendant une durée minimale de dix ans.
Il s'agit d'une modification importante par rapport au règlement de 2013, qui prévoyait une obligation générale de conservation de cinq ans. La réforme étend non seulement la durée à dix ans, mais élargit également l'ensemble des documents à conserver, renforçant ainsi les exigences en matière de traçabilité et de disponibilité des preuves en cas de demande des autorités.
Dans le même ordre d'idées, le nouvel article 12 bis précise l'obligation d'obtenir et de conserver le rapport issu d'un audit interne ou externe, ainsi que les documents attestant de la correction des observations ou des incohérences identifiées au cours de ce processus. Ces informations devront être transmises au SAT sur simple demande.
Concrètement, cela signifie que la mise en conformité ne se limite plus à la simple présentation de déclarations : elle exige également de conserver les pièces justificatives attestant de la régularisation des incohérences ou des lacunes identifiées lors des audits.
5. Un régime spécifique est mis en place pour les personnes politiquement exposées
L'un des points les plus importants de la réforme est l'ajout du chapitre six bis, relatif à la liste des personnes politiquement exposées. Le règlement définit désormais cette liste, réglemente sa constitution par la CRF et établit les modalités de sa consultation dans des cas spécifiques.
En particulier, les personnes exerçant des activités à risque pourront consulter la CRF lorsque, après avoir identifié et vérifié l'identité de leur client ou utilisateur, elles ne sont pas en mesure de déterminer si celui-ci est une personne politiquement exposée. Cette consultation ne pourra être effectuée que dans le but de continuer à se conformer à leurs obligations légales.
Ce point doit être compris avec précaution. La réforme n'instaurera pas une consultation ouverte ni une diffusion sans restriction de l'information, mais un mécanisme réglementé, soumis à des conditions de confidentialité, de réserve et à des directives techniques. Elle prévoit également que les informations figurant sur la liste devront être mises à jour par les autorités compétentes dans les cinq jours ouvrables suivant tout changement.
6. Les obligations opérationnelles des entités assujetties sont adaptées
La réforme prévoit que, pour leur inscription et leur enregistrement auprès du SAT, les fiducies et les personnes morales doivent obligatoirement utiliser la signature électronique avancée associée à leur propre numéro d'identification fiscale (RFC).
Par ailleurs, le règlement actualise la logique relative à la date de l'acte ou de l'opération, en renvoyant cette détermination aux règles générales applicables à chaque activité et en précisant les cas spécifiques applicables aux notaires.
En matière de diligence raisonnable, le décret maintient la possibilité d'appliquer des mesures simplifiées d'identification pour les clients à faible risque et prévoit que les règles générales puissent établir des exceptions en matière d'identification du bénéficiaire effectif. Toutefois, la mise en œuvre concrète de ces aspects reste largement subordonnée à la réglementation d'application.
7. La réforme apporte également des changements importants dans certains secteurs spécifiques
Outre les changements structurels, le décret apporte des précisions concernant certains secteurs et certaines activités. Parmi celles-ci, on peut citer :
- Jeux et tirages au sort : nouvelles règles concernant les séries de transactions liées, considérées comme une activité à risque lorsque le montant total des opérations est égal ou supérieur à 325 fois l'UMA sur une période de 24 heures.
- Instruments de valeur : mise à jour du traitement des bons, des coupons et des portefeuilles électroniques, supprimant les seuils de 645 salaires minimums qui existaient en 2013.
- Notaires : Obligation de préciser plus en détail le montant, la date, le mode de paiement ou de versement et la devise utilisée, ainsi que la déclaration des clients concernant ces modes de paiement.
Ces ajustements montrent que la réforme vise non seulement à renforcer la surveillance de manière générale, mais aussi à combler les lacunes opérationnelles dans des domaines spécifiques.
8. Procédure de régularisation volontaire et avantages en matière de sanctions
Par ailleurs, l'article 55 bis du règlement est ajouté ; il régit la procédure permettant aux assujettis de bénéficier des avantages prévus à l'article 55 de la loi (réduction ou remise des sanctions), moyennant la reconnaissance expresse des manquements. Cette procédure nécessite la présentation d'un document libre de forme auprès du SAT, signé par l'assujetti ou son représentant légal, dans lequel :
- Il convient de décrire de manière claire et précise les manquements commis, ainsi que les opérations et les périodes concernées ;
- Il est déclaré, sous serment, que lesdites irrégularités ont été corrigées ou régularisées ;
- Veuillez joindre les documents attestant que les obligations non respectées ont été intégralement remplies.
L'article précise également les délais initiaux de la procédure de vérification (cinq jours) et de la procédure de sanction conformément à la loi fédérale sur la procédure administrative, établissant ainsi un cadre opérationnel plus clair pour la régularisation spontanée. L'application effective de cet avantage est soumise aux lignes directrices que l'autorité émettra par le biais de règles générales.
Autres dispositions transitoires
Il est essentiel de noter que pour les opérations effectuées à compter du 17 juillet 2025, les personnes tenues de déposer des déclarations au titre des activités visées à l'article 17, paragraphe XII, doivent tenir compte du nouveau seuil ou scénario de déclaration. De même, les formulaires officiels en vigueur au 17 juillet 2025 doivent continuer à être utilisés jusqu'à ce que la CRF publie ses mises à jour.
Conclusion
La réforme du règlement d'application de la LFPIORPI représente bien plus qu'une simple mise à jour technique du texte de 2013. Elle a pour effet réel de rendre effectives plusieurs des obligations introduites par la réforme législative de 2025 et de relever le niveau de conformité exigé des entités assujetties.
Les changements les plus importants portent sur un renforcement des pouvoirs de contrôle du SAT, des règles plus précises concernant la transmission des déclarations, un régime renforcé en matière de conservation des documents et d'audit, l'intégration officielle des dispositions relatives aux personnes politiquement exposées, ainsi que divers ajustements opérationnels qui auront une incidence directe sur la manière dont les entités assujetties documentent, surveillent et déclarent leurs opérations.
Dans ce contexte, il est recommandé de revoir dès à présent les politiques internes, les dossiers, les procédures d'identification, les matrices de risques, les protocoles de traitement des demandes et les schémas de conservation des documents, en tenant compte également du fait que certaines obligations continueront de dépendre de règles générales et de la mise à jour des formulaires officiels.

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