4 juillet 2022 / Traduction juridique
Tous les domaines d'étude spécialisés possèdent leur propre jargon et une manière particulière d'utiliser la langue pour répondre à leurs besoins spécifiques. Cependant, le domaine juridique se distingue tout particulièrement comme une discipline intrinsèquement liée à la langue. Il est donc important de déterminer comment nous pouvons déchiffrer le langage juridique complexe, en s'appuyant sur les théories linguistiques.
La linguistique est la science qui étudie tous les aspects du langage humain : de la manière dont nous apprenons à parler aux moyens par lesquels nous parvenons à communiquer avec les autres. Comme toute science, la linguistique s'appuie sur diverses théories qui visent à expliquer les phénomènes qu'elle étudie. Dans ce cas précis, les théories linguistiques nous aident à comprendre comment les différentes variations du langage influencent le sens de ce que nous disons.
Il s'avère que la linguistique n'est pas seulement utile dans les milieux intellectuels. Étant donné que la difficulté à comprendre les textes juridiques tient en partie au langage très complexe qu'ils emploient, l'étude des différentes théories linguistiques peut nous aider à comprendre pourquoi ces textes sont rédigés d'une manière si particulière et nous fournir les outils nécessaires pour les comprendre et les traduire correctement.
Nous allons maintenant présenter deux théories qui peuvent s'appliquer au travail sur les textes juridiques, qu'il s'agisse de les rédiger, de les comprendre ou de les traduire.
Il existe une théorie appelée « théorie des actes de langage », élaborée par le linguiste John Langshaw Austin, qui explique la distinction entre les énoncés constatif et les énoncés performatifs. En termes simplifiés, les énoncés constatifs ont pour but de décrire la réalité. Leur fonction est d'informer le destinataire et ils peuvent être qualifiés de vrais ou de faux.
Réfléchissons aux phrases que nous utilisons au quotidien. Quel est leur but ? La plupart du temps, lorsque nous communiquons avec les autres, notre objectif est de leur transmettre des informations. Lorsque nous indiquons à quelqu’un où nous allons nous trouver ou à quelle heure nous arriverons, nous utilisons des phrases déclaratives.
Or, dans les textes juridiques, ce type d'énoncés se retrouve, par exemple, dans un contrat de location, dans la section où sont énumérés les éléments du bien immobilier et leurs caractéristiques. Ainsi, ces éléments n'ont d'autre but que de fournir une description destinée à informer le lecteur. En espagnol, ce type d'énoncés se traduit généralement au présent ou au futur —selon l'état de l'élément décrit— et au mode indicatif.
La plupart des énoncés contenus dans les textes, qu'ils soient juridiques ou généraux, sont constatatifs. Il n'est toutefois pas rare de trouver un énoncé réalisatif, surtout dans un texte juridique. Il est important de savoir reconnaître un énoncé réalisatif et d'en connaître les caractéristiques pour le traduire correctement.
Un énoncé performatif est un énoncé qui, contrairement à un énoncé constatatif, a pour but de modifier la réalité dont on parle plutôt que de la décrire. En d'autres termes, le fait de prononcer un énoncé performatif (ou «performative » en anglais) implique l'exécution d'une action.
Par exemple, lors d'un mariage, nous savons que lorsque les mariés disent « Oui », c'est au moment où ils prononcent ces mots que le mariage est validé. Lorsqu'on fait une promesse, c'est le fait d'exprimer clairement ce qu'on promet qui consacre cet acte. Examinons d'autres exemples à l'aide des phrases suivantes :
- « Je vous déclare mari et femme. »
- « Je te parie cinquante pesos qu'il ne viendra pas. »
- « Je t'offre ce livre. »
Penses-tu que le fait de prononcer ces phrases implique d'accomplir une action ?
Si tu as répondu oui, tu as raison. Les trois exemples précédents sont des phrases réalisatives, car l'action dont il est question ne s'achève qu'au moment où le locuteur prononce les mots.
Alors que la phrase déclarative constate, la phrase indicative agit.
En effet, les contrats en anglais traitent les phrases de réalisation d'une manière particulière, car ils leur confèrent un élément qui les distingue des phrases de constatation : l'adverbe « hereby ». Ceux qui travaillent dans la traduction et possèdent une expérience dans le domaine juridique ont certainement déjà rencontré cet adverbe à maintes reprises.
Lorsqu'on traduit un contrat en anglais, il est important d'insérer cet adverbe dans les phrases d'action identifiées, comme dans les exemples suivants :
- « Les parties conviennent par la présente de ce qui suit : »
- « Les parties conviennent de ce qui suit : »
- « Le Client s'engage par la présente à respecter les obligations prévues dans le présent contrat. »
- « Le Client s'engage par la présente à respecter les obligations énoncées dans le présent contrat. »
Vous êtes-vous déjà demandé comment nous parvenons à assurer une communication efficace ?
Il ne s'agit généralement pas d'un accord explicite : après tout, la plupart des gens n'entament pas une conversation en convenant au préalable des règles de communication à respecter.
Le principe de coopération de Paul Grice est un modèle selon lequel tout échange communicatif a pour but d'atteindre un objectif. Celui-ci varie en fonction de la conversation : il peut s'agir d'organiser une fête de famille ou de parvenir à un armistice entre des nations.
L'objectif peut évoluer au fil de la conversation ou comporter de multiples nuances, mais la stratégie pour l'atteindre repose sur quatre principes que les interlocuteurs s'engagent à respecter tout au long de la conversation. Bien qu'il s'agisse d'un accord tacite, le non-respect de ces maximes entrave la communication et empêche la réalisation de l'objectif de l'échange. Cependant, certaines maximes ont parfois plus de priorité que d'autres, car il existe des domaines où le non-respect de certaines maximes est considéré comme normal, voire nécessaire.
C'est notamment le cas dans le domaine juridique, où la nature des textes exige une certaine souplesse dans le respect de certaines règles, tandis que d'autres doivent rester intactes. Lors de la traduction d'un texte juridique, il est nécessaire de tenir compte de ces spécificités afin d'éviter d'enfreindre les règles obligatoires et de savoir quand il est possible de faire des exceptions.
Quels sont donc ces principes et comment sont-ils utilisés dans les textes juridiques ? Nous allons maintenant présenter deux principes fondamentaux de Grice qui revêtent une importance capitale pour la traduction juridique.
Quantité maximale
Le principe de quantité maximale stipule que, lors d'un échange, les interventions des interlocuteurs ne doivent être ni plus courtes ni plus longues que nécessaire.
Dans les textes juridiques, ce principe est souvent mis de côté au profit d'autres. Il n'existe pas un seul traducteur juridique qui n'ait jamais été confronté à la longueur interminable des phrases dans ces textes. De plus, leurs subordonnations multiples et complexes ont donné une réputation peu flatteuse au style rédactionnel dans ce domaine.
Même s’il n’est pas recommandé de rédiger des phrases trop longues ou trop complexes, il est parfois nécessaire de déroger à cette règle afin d’éviter toute ambiguïté dans le texte. Par exemple, bien que l’utilisation d’un pronom pour remplacer un nom soit une bonne stratégie pour raccourcir une phrase et éliminer les répétitions, il est souvent préférable, dans la traduction juridique, de répéter le terme de référence afin d’éviter toute ambiguïté.
Valeur maximale de la modalité
Ce principe souligne l'importance d'une communication claire et précise. Pour respecter ce principe, les interventions doivent être exemptes d'ambiguïtés et de termes vagues.
La communication juridique accorde une grande importance au respect du principe de précision ; il est même permis d'allonger le texte et de donner une structure plus complexe aux énoncés afin d'éviter tout élément vague, car ceux-ci peuvent entraîner des litiges juridiques et des problèmes à long terme. }
Comme nous l'avons vu, la linguistique n'est pas seulement une théorie abstraite étudiée dans les universités et les ouvrages philosophiques, mais elle trouve également des applications concrètes dans de nombreuses disciplines, parmi lesquelles la traduction juridique. Ainsi, la prochaine fois que vous serez confronté à un texte juridique, pensez à mettre en pratique ces théories pour en faciliter la compréhension et la traduction.
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